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MÉLINA ROBERT-MICHON : "ARRÊTEZ DE DIRE QU'UN SPORTIF EST FINI À 30 ANS !"

Mercredi 19 Février - 16:10

Sport


Mélina Robert-Michon. - © Canal+
L'athlète lyonnaise, âgée de 40 ans et mère de deux enfants de neuf ans et un an et demi, s'est qualifiée le week-end dernier pour les Jeux Olympiques de Tokyo.


Radio Scoop : Comment arrivez-vous à surprendre les suiveurs de l'athlétisme, année après année ?
Mélina Robert-Michon : Je suis la première surprise, dans le sens où si on m'avait dit ça il y a 20 ans, je n'aurais certainement pas cru que ce soit possible. Et en même temps, je le vis comme quelque chose de normal, parce que ça me plait, j'ai la chance de pouvoir vivre de ma passion et le fait de savoir qu'il ne me reste pas forcément beaucoup d'années comme sportive, je profite d'autant plus et je le vis différemment.

D'un autre côté, pour moi, ce n'est pas une surprise puisque c'était un peu ce que je visais et ce que j'attendais. Alors ça peut paraître surprenant par le fait que j'ai 40 ans, mais j'ai dit que je voulais un podium aux Jeux Olympiques, donc il ne faut pas se tromper, si je veux un podium, il faudra être bien au-delà de ce jet à 64,14 mètres réussi le week-end dernier.

"Je fais de plus en plus attention au psychologique"


Comprenez-vous que de l'extérieur, on se dise que c'est incroyable ?
Oui bien sûr. Mais je mets toutes les chances de mon côté et j'ai la chance d'avoir un staff qui essaye de me rendre meilleure un peu plus chaque jour, sans tenir compte de mon âge. J'ai la chance d'avoir des entraîneurs qui croient en mon projet et en mes capacités, qui sont toujours en recherche, qui n'hésitent pas à se remettre en cause, à changer, à dire qu'on a pu se tromper, qui mettent tout en œuvre pour essayer de continuer à me faire progresser.

Physique, mental, psychologique : dans quel domaine pensez-vous pouvoir progresser ?
Partout ! C'est vrai que l'aspect psychologique, c'est quelque chose que je travaille encore plus qu'avant, parce que j'estime que c'est aussi important que la technique et le physique. Si on passe à travers parce qu'on n'a pas su gérer le stress, c'est d'autant plus frustrant parce que tout le travail que l'on a fait toute l'année ne servira à rien. Donc c'est vraiment un domaine auquel je fais de plus en plus attention.

Vous balayez toutes les idées reçues sur le sport de haut niveau : difficulté à retrouver son niveau après une grossesse, baisse de niveau après 35 ans...
Mais je pense que toutes ces choses sont des motivations supplémentaires ! Ce sont des petits challenges à chaque fois, qui me permettent de rester à haut niveau. Il y a aussi une certaine monotonie parfois dans le sport de haut niveau, alors les coupures de la grossesse m'ont permis de me recentrer, de faire quelque chose d'autre, de faire le point sur ma carrière : est-ce que ça me plaît toujours ? Est-ce que ça me manque ?

"L'envie de prouver que c'est possible"


Je le vis finalement comme des challenges, l'envie de prouver que c'est possible. Il faut arrêter de dire qu'un sportif est fini à 30 ans ! On a trop tendance à dire qu'une femme qui va avoir un enfant ne pourra jamais revenir à son niveau. Pour moi, le le but n'est pas de revenir à mon niveau, c'est de revenir encore meilleure. Et je pense que c'est important d'en parler et de le dire pour que les choses avancent et que les mentalités évoluent.

Vous avez envie de dire aux autres "mais oui on peut le faire, regardez ?"
J'ai aussi la chance d'avoir un entourage qui est aussi dans cette démarche, parce que j'ai vu des entraîneurs dire "c'est bon, tu vas avoir 30 ans, maintenant il faut que tu arrêtes" à certains athlètes. Ou encore "tu ne progresses plus parce que t'es trop vieux". J'ai de la chance d'avoir des entraîneurs qui n'ont jamais résonné de cette façon, donc forcement, ça aide. Ensuite, c'est aussi l'entourage familial, c'est un projet collectif et si mon projet fonctionne, c'est parce que tous ceux autour de moi ont la même pensée.

Mélina, vous rendez-vous compte que vous êtes un exemple pour beaucoup ?
Oui, de plus en plus, car il y en a beaucoup qui me le disent. Ce qui me touche, c'est quand des athlètes me disent "à un moment, ça a été compliqué pour moi, et ton histoire m'a aidé à passer un cap, à rebondir". Si mon parcours peut les aider à revenir tant mieux, c'est le but du sport, c'est comme ça que je perçois le sport. C'est du partage. Et le partage, c'est le plus important dans le sport.

Davantage dans l'envie d'en profiter


Pensiez-vous que votre retour au plus haut niveau soit si rapide, moins de deux ans après avoir accouché de votre deuxième fille ?
Il est plus rapide que la première fois parce que j'ai l'expérience de la première qui m'a été utile pour ma deuxième grossesse. Mais je ne pars pas du même niveau non plus, j'avais progressé entre-temps donc je pense que j'ai plus confiance en moi et en cette capacité de revenir. Sans oublier que j'ai déjà quelques médailles et quoi qu'il en soit, on ne me les enlèvera pas ! Donc je suis davantage dans l'envie de profiter.

Que ressentez-vous à l'idée de participer à vos 6e Jeux Olympiques ?
Clairement, je pourrais en faire dix que ce sera toujours les mêmes émotions ! C'est un moment à part qui ne ressemble à aucun autre et sur les cinq JO déjà vécus, les souvenirs sont différents à chaque fois, avec des émotions différentes à chaque fois et je sais que ce sera encore le cas à Tokyo. Il y a de l‘impatience forcément, parce que c'est aussi la récompense pour un athlète, on attend depuis quatre ans, donc depuis que je suis montée sur le podium à Rio, j'ai un peu cette envie dans la tête...

Avez-vous défini votre programme jusqu'aux JO ?
Oui, je ferai la Coupe d'Europe, au Portugal, le week-end du 21 mars et après les compétitions, je serai en stage du 8 au 20 avril, en Afrique du sud, pour un stage avec l'équipe de France. Ensuite, les compétitions vont reprendre début mai pour la saison estivale, notamment avec les Interclubs.